Une transhumance nécessaire qui se heurte à l’évolution « touristique « des chemins…. la découverte du nomadisme ancestral….
Le Chemin ne constitue t’il pas le moyen de retrouver l’empathie, donnée fondamentale de l’humanité, largement mis de côté aujourd’hui par le développement des sociétés orientées vers un Trans-humanisme délétère ?
Partir pour revenir à la source de l’énergie vitale qui nous fait avancer, qui nous nourrit, qui nous relie au monde. Trois piliers de notre existence…
Partir pour rechercher cet équilibre que le spectacle et l’observation de la nature et du monde animal qui la peuplent, pour échapper à l’uniformisation et à l’excès. Une relation symbiotique entre l’homme et son milieu naturel.
Partir, n’est-ce pas rechercher une forme de consolation, celle du spectacle de la nature, de la rencontre fraternelle consolatrice, retour vers le monde animal…
Le chemin de COMPOSTELLE est un chemin de résilience….
Après plusieurs pèlerinages, pourquoi cette envie de repartir ? Pourquoi, ce manque ?
Je sens au fond de moi un besoin d’aller à la rencontre de ce que je suis, comme une force qui m’inciterait à décrypter ce que je suis, un code génétique, une âme en route vers un avenir sans limite, sans fin…
L’éternelle questionnement, d’où viens-je, où vais-je ?
Partir, c’est se confronter à soi et aux autres, disponibilité de l’esprit dans le calme et le silence du monde et la profondeur assurés grâce à un rituel qui nous est propre ou non.
Pour le profane, c’est la possibilité d’accéder à un lieu de réflexion, ressourcement, partage, tolérance, valeurs….
Idéalisation….
Se connaître soi-même avant tout afin de pouvoir ensuite allée à la rencontre des autres.
Le pèlerin n’est que de passage. Il est témoin de son monde. Il avance étape après étape. Il marche. Le monde tourne autour de lui dans une frénésie folle, où la marche a-t-elle encore sa place ? (Chemin d’Aragon près de Berdun)
Partir sur les chemins vers Compostelle, ou un autre lieu saint, quelles que soient ses motivations ou ses attentes, quels que soient les moyens utilisés, n’est pas, et ne peut être, une démarche anodine. Partir, c’est quitter pour aller vers… partir est un acte symbolique, conscient ou non, déclenché pour rendre la vie supportable, survivre…
Partir, c’est humer l’air, sentir le soleil, la pluie, le froid, percevoir l’espace, regarder les étoiles et vivre une presque pure liberté ; c’est sortir de notre case toujours plus exiguë en quête de vérités et d’harmonie avec le monde qui nous porte. C’est tracer un trait d’union entre soi et les autres, entre soi et l’univers.
Les anciens partaient pour se laver de leurs pêchés et/ou rencontrer Dieu. Le pèlerin d’aujourd’hui n’est pas un simple et honorable randonneur, c’est un marcheur, une marcheuse, en quête de vérités universelles et absolues, mû par une force, inhérente à sa nature, propre au vivant, susceptible de faire en sorte qu’il perçoive le merveilleux, le sacré.
Le plus important est réalisé en soi. Le chemin n’est qu’un prétexte pour retrouver son chemin intérieur. Bonne route en toute spiritualité.
Je suis agnostique et comme dit Hubert Reeves ; « Nous sommes poussières d’étoile ». Imaginer ce que Albert Einstein exprime dans « tout est relatif » lorsqu’une chaman du clan des Mères célébrant la pleine Lune explique que l’air et l’eau d’aujourd’hui est la même sur terre depuis la formation de la planète. C’est pas mal plus mystique que des dogmes religieux. Bonne prise de conscience Ultreïa !
Partir pour retrouver un temps pour soi, alors que sans cesse nous nous plaignons de ne pas en avoir.
Partir, c’est pouvoir revivre son histoire depuis l’enfance comme, paraît -il, nous revivons notre vie en accéléré au moment de notre mort. Quand je pars, une part de moi meurt, une autre naît. On part, souvent, pour se ressourcer, se centrer sur soi et se décentrer en même temps, soigner ses blessures, celles que l’on porte toute sa vie, pour tenter de les soigner avec douceur, intelligence et pragmatisme.
Partir pour ne pas regretter un jour de ne pas avoir fait ce que je devais faire, pour ne pas avoir honte d’avoir cédé devant les obstacles, oublié mon essentiel, renié l’humanité qui est en moi face aux attraits de l’avoir qui m’oppose aux autres. Partir pour vivre, montrer sa différence, trouver sa place dans l’univers, place que chacun cherche dès sa naissance.
Je pense donc je suis, a dit Descartes, ai-je le droit de dire, je marche donc je suis ?
Partir, c’est apprendre à lire le monde, comme une lecture sans livre. La lecture est un moyen d’apprendre à penser. Le cheminement permet d’apprendre à lire le monde, il permet d’assembler le puzzle de notre vie. Partir, c’est vouloir regarder avec d’autres yeux, lire autrement le spectacle de la vie.
Partir, est une quête des idées, des visions de l’autre, c’est assumer sa différence et intégrer l’autre dans ses propres différences tout en reconnaissant l’existence d’un socle commun à nos humanités. C’est partir à la découverte de l’autre pour mieux se découvrir soi-même. Comprendre l’autre pour mieux se comprendre.
On a coutume de dire que c’est face aux difficultés que l’on reconnaît l’homme (la femme). Partir, c’est sortir de sa zone de confort pour extraire ce qui est en nous, c’est affronter des difficultés mesurées et choisies, c’est exprimer une volonté, celle d’aller vers son authenticité, d’en exploiter les potentialités qui, enfin, viennent au jour. Partir, c’est renaître.
Partir, c’est vivre chaque matin comme si c’était à chaque fois le premier. C’est accumuler dans un temps restreint tous les matins du monde, tous ceux qui n’ont pas de sens et les quelques uns qui en ont un. Ainsi ce matin, particulier parce que certains éléments de pensées s’assemblent, s’emboîtent les uns aux autres pour former une pensée cohérente qui vient du fond de soi, qui jaillit comme un torrent jaillit de sous le glacier qui se réchauffe. La principale difficulté est de rester connecté au moment présent tout en étant déconnecté des contingences courantes.
Partir, c’est tenter de récupérer des morceaux de nous, éparpillés et pourtant liés.
C’est observer le monde comme un livre qui fait surgir en notre conscience ce qui est, ce que nous sentons mais que nous renions, la boucle se referme sur elle-même. Quel bonheur, ces résurgences du matin, plus il y en aura, mieux je me porterai, plus je m’approcherai de la fin du chemin dans la sérénité. Ces moments m’emporte tout vers un autre monde, celui-ci n’existe plus, plus de doute, la vérité semble s’offrir à moi.
Ma quête, est bien celle de ces instants brefs mais puissants qui embrasent le jour levant, qui éclairent mon cheminée me permettent de poursuivre ma route vers d’autres quêtes. Les étoiles qui guident mon chemin sont en moi, c’est à moi de partir pour les trouver.