Mgr Louis Dicaire affirme qu’il existe une confusion entre morale et religion[7]. Il estime que la morale possède un caractère davantage personnel, qu’on appelle la conscience. Il pense que la religion, quant à elle, possède un caractère davantage public, puisque, selon une des étymologies probables du mot, elle consiste à « relier » des individus ; « religion » viendrait du latin religere, qui signifie « relier ». Selon lui, le rôle des institutions religieuses est donc d’éclairer les consciences par rapport aux enseignements propres à chaque religion. Selon Louis Dicaire, cette confusion est à l’origine d’une conception fréquemment rencontrée, selon laquelle la religion ne serait qu’une affaire privée.
Dans la tradition protestante et universitaire, le mot éthique tend à remplacer systématiquement celui de morale qui se rattache aux traditions de l’Antiquité romaine et de la religion catholique.
Dans l’Antiquité, Socrate disait que l’homme ne fait jamais le mal volontairement car l’homme ne cherche que le bien, ou son bien, et que le mal n’est qu’une illusion qu’il prend pour le bien. Faire le mal viendrait donc d’un manque de connaissance ou d’une mauvaise connaissance de ce qu’est le bien (« intellectualisme socratique »).
La morale (du latin moralis « relatif aux mœurs »[1]) désigne l’ensemble des règles ou préceptes, obligations ou interdiction relatifs à la conformation de l’action humaine auxmœurs et aux usages d’une société donnée. Bien qu’étymologiquement proche, la morale se distingue de l’éthique qui se définit telle une réflexion fondamentale[2] sur laquelle la morale établira ses normes, ses limites et ses devoirs[3].
Liée à la notion de mœurs, la morale prend en compte toute une dimension esthétique, culturelle, de culture matérielle, de conformation aux coutumes vestimentaires et culinaires, à la civilité et à la politesse, que l’éthique ignore.
D’autre part, la morale est généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantien) qui fait la distinction entre ce qui est et ce qui doit être, alors que l’éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer le réel (ce qui est) par une attitude raisonnable de recherche du bonheur de tous.
La morale peut être individuelle, dans ce cas, il s’agit d’un code d’honneur que l’individu se fixe et qu’il décide d’appliquer ou non[6]. Cependant, la morale peut être collective, et dans ce cas, elle s’apparente au droit. La morale et le droit travaillent tous deux de manière coordonnée, en ayant pour finalité l’amélioration de la vie en société.
La morale vise d’une part à la conservation des formes collectives d’organisation sociale, de la société, de l’intérêt général, d’autre part à l’agrément de la vie des individus en société.
Elle peut renvoyer à l’ensemble des règles de conduite diffuses dans une société donnée (politesse, courtoisie, civisme), ou encore à des préceptes énoncés explicitement par une religion ou une doctrine (morale religieuse, philosophie morale,éthique). Les règles morales peuvent se diviser en deux groupes : d’une part, les maximes de la morale personnelle (individuelle) et, d’autre part, les codes de conduite (ou systèmes de principes) partagés au sein d’une communautéculturelle, religieuse ou civile (collectifs).
La morale est présentée par Descartes [9] comme le principal fruit que le savoir peut apporter à l’homme, et le plus haut degré de la sagesse. Selon lui, la morale découle en effet de la métaphysique et de la connaissance des autres sciences :
« Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale, j’entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse. Or comme ce n’est pas des racines, ni du tronc des arbres, qu’on cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi la principale utilité de la philosophie dépend de celles de ses parties qu’on ne peut apprendre que les dernières. »
On retrouve ce lien entre la morale et les sciences dans le Discours de la méthode de Descartes[10].